Guyane

Une 1ère en France à Awala Yalimapo :une communauté thérapeutique dédiée aux femmes souffrant d'addiction

Actualité
Date de publication
Visuel
awala communaute therapeutique
Le 24 avril, la première pierre de la communauté thérapeutique d’AWALA YALIMAPO a été posée : une structure exclusivement dédiée aux femmes souffrant d’addiction, avec ou sans enfants, prises en charge sous forme communautaire pendant plusieurs mois ou années.
Corps de texte

Lors de cet évènement, ouvert par l’accueil des autorités coutumières, Mme Clara DE BORT Directrice générale de l’ARS, Monsieur Jean Paul FERREIRA, Maire de la commune, M. Yves DAREAU, sous-préfet de St Laurent du Maroni, et François HERVE, président de l’AKATIJ, ont pris la parole pour rappeler la genèse de ce projet, en présence de nombreux invités parmi lesquels des administrateurs, des professionnels et des usagers de l’AKATIJ.

Cela souligne combien cette action est le fruit d’une collaboration de tous les acteurs, ARS, Municipalité, CTG, Préfecture, qui chacun dans son domaine a soutenu le projet, permis son implantation, son financement, tant de l’investissement que du fonctionnement.

L’objectif de cet établissement est d’aider des femmes, accompagnées ou non d’enfant(s), à retrouver une capacité à vivre sans drogue, et à s’insérer de façon suffisamment satisfaisante pour elles et leurs enfants.

Il s’agit d’une approche largement répandue dans le monde, mais qui ne s’est développée que récemment en France1. Aux origines, il s’agissait de personnes se regroupant afin de se soutenir mutuellement pour abandonner leurs consommations de drogues. Plusieurs de ces établissements pionniers ont connu des dérives autoritaires, et nous avons connu en France les dérives de l’Association « Le Patriarche », qui ont conduit à sa fermeture, la fuite de son fondateur à Belize, et sa condamnation pour abus de biens sociaux…. Associé à l’engouement pour l’abord individuel et psychodynamique, le modèle même de communauté thérapeutique, appuyé sur la dynamique de groupe, l’entraide, la responsabilisation réelle des usagers, a suscité jusqu’à une époque récente une certaine méfiance.

C’est dans le plan gouvernemental 2004-2008, qu’apparait la proposition de développement de communautés thérapeutiques2, appuyée sur un cahier des charges élaboré en concertation avec les professionnels, politique poursuivie dans le plan 2008-2011. Les Communautés thérapeutiques sont alors définies comme « des structures qui s’adressent à un public de consommateurs dépendants à une ou plusieurs substances psychoactives, dans un but d’abstinence, avec la spécificité de placer le groupe au coeur du projet thérapeutique et d’insertion sociale »3. L’esprit de ces nouvelles communautés thérapeutiques, s’inspirait des expériences étrangères, en particulier celles développées en Europe, (Angleterre, Irlande, Espagne, Portugal, Italie, Belgique, Hollande….) mais aussi de la psychothérapie institutionnelle, telle que développée entre autres par François Tosquelles et Jean Oury dans le champs de la psychiatrie.

Les communautés thérapeutiques actuelles, sont désormais des établissements médico-sociaux, dont les caractéristiques sont :

  • L’appui sur le groupe et l’entraide, partant du principe que le groupe a les moyens de résoudre les problèmes qui surgissent en son sein
  • Une durée de séjour pouvant aller jusqu’à deux ans, cette durée étant découpée en 3 ou 4 phases, de l’accueil à l’accompagnement vers l’insertion sociale,
  • Une journée structurée par la participation à des activités variées, à vocation thérapeutique (groupes de parole…), organisationnelle (intendance…), d’aide à l’insertion (ateliers…)
  • La prise de responsabilité progressive, et une implication dans le fonctionnement général de la Communauté pouvant aller jusqu’à des responsabilités d’encadrement,
  • Un accent mis sur l’expression des émotions, la relation aux autres et la reprise de confiance en soi.

La communauté vise à être un espace de changement, dont la vie communautaire constitue à la fois le contexte et la méthode.
 

1 DELILE JM, « Les communautés thérapeutiques arrivent en France : Pourquoi (seulement) Maintenant ? », in Psychotropes vol 17 n°3-4
2 Depuis 1981 et l’apparition du Sida, les politiques publiques en matière d’addiction s’étaient essentiellement concentrées sur le développement de l’accès aux traitements de substitution et au développement de la Réduction des Risques. Ces mesures essentielles ne répondaient cependant pas à l’ensemble des besoins et attentes des usagers de substances psychoactives, en particulier aux besoins de traitements résidentiels pour les plus fragiles.
3 Circulaire DGS/MILDT/SD6B/2006/462 du 24 Octobre 2006

Avant de répondre à cet appel à projet lancé en 2010, la direction de l’AKATIJ a travaillé en étroite collaboration avec différents acteurs de l’ARS (en particulier le Directeur, le médecin inspecteur en charge des addictions) à l’élaboration d’un diagnostic partagé afin d’être en accord sur la population ciblée et sur le lieu d’implantation.

Au regard du contexte, des besoins identifiés, et de l’offre de soin existante en addictologie, nous avons choisi d’un commun accord une implantation dans l’Ouest Guyanais et ciblé les femmes avec ou sans enfants. En effet, si un CSAPA avec Hébergement existe déjà à Roura, géré par le groupe SOS, il nous a collectivement semblé qu’une réponse spécifique pour les femmes était nécessaire, afin de prendre en compte l’environnement spécifique guyanais : elles connaissent de 15 à 29 ans un taux de chômage à 34% (4 points de plus que les hommes)4, et dans une contexte de structure familiale caractérisé par le fort développement de la monoparentalité (dans l’ouest en général, 42 % des familles sont composées d’un seul parent, le plus souvent une femme, qui élève seul un ou plusieurs enfants). Le taux peut monter jusqu’à plus de la moitié des familles dans les quartiers d’habitat spontané où les consommations de produits psychoactifs sont banalisées. Par ailleurs les grossesses précoces sont nombreuses, (en 2013, 8,5 % des femmes qui accouchaient au CHOG étaient mineures, contre 0,5 % en métropole) et les pères souvent absents.

Souvent très précarisées, les femmes toxicodépendantes constituent donc un public particulièrement fragile.

Pour ces raisons, le projet de Communauté Thérapeutique spécifique aux femmes en situation d’addiction de 35 places (15 enfants et 20 femmes), unique projet de ce type retenu en France, a été retenu par la MILDT en novembre 2011.5

La recherche d’un lieu d’implantation nous a conduit à Awala Yalimapo dont la mairie, avec l’appui des autorités coutumières, nous a proposé la mise à disposition d’un terrain viabilisé, constructible immédiatement. Le temps nécessaire au montage financier de l’investissement, à l’élaboration des plans, à la recherche des entreprises, nous a conduit à démarrer les travaux en 2018, pour une livraison prévue en 2020…

4 INSEE, Enquête emploi en continu, n° 38, avril 2019
5 Le Conseil de l’Europe désignait les femmes toxicodépendantes parmi les publics prioritaires de sa stratégie antidrogue de 2005 à 2012 : Le plan gouvernemental 2008-2011 énonce des objectifs spécifiques de prise en charge des femmes toxicodépendantes et de leurs enfants. C’est dans ce cadre, que la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT) et la Direction générale de la santé (DGS) ont soutenu l’expérimentation de nouveaux modes d’accueil adaptés. Le plan gouvernemental 2013-2017 réaffirme la préoccupation gouvernementale pour ce public. En 2012, dans le cadre de son projet national « Femmes et addictions », soutenu par la DGS, la Fédération Addiction répertorie une cinquantaine de dispositifs d’accueil spécifique en faveur des femmes au sein du réseau.

Conscients dès le début du projet que les bâtiments mettraient plusieurs années à sortir de terre, et s’appuyant sur un mode de fonctionnement expérimental développé par la communauté thérapeutique de l’Association AURORE en métropole6, nous avons démarré dès la fin 2011 à St Laurent du Maroni, où l’AKATIJ gérait déjà un CSAPA, une activité de jour, visant à constituer un premier groupe de femmes, et mettre en pratique une la plus grande partie possible de l’approche communautaire proposée, avec une possibilité d’hébergement transitoire reposant sur la mise à disposition de quelques appartements individuels ou partagés.

Cette première approche confirme la pertinence du projet : les femmes accueillies cumulent les difficultés, elles sont pour la plupart sans domicile fixe, marginalisées et migrantes, issues de quartiers sensibles en matière de consommation de produits psychoactifs. Il s’agit pour la plupart d’entre elles d’un premier recours à un dispositif de soins en addictologie. Elles sont presque toutes demandeuses d’un accompagnement résidentiel plus protecteur7, notamment dans le cadre d’une mise à distance avec les produits et aussi pour se protéger des violences qu’elles subissent…

Au-delà de l’accompagnement médico-psycho-social lié au traitement de l’addiction, les activités proposées prennent en compte la dimension familiale, au travers le groupe parentalité, et en offrant des espaces pour aborder les questions liées à la maternité, la grossesse, les consommations, comment en parler aux enfants…

Il est à souligner que cette expérience, et leur démarche de changement, ont valeur d’exemple dans leur environnement, elle peut être valorisée et montrer à d’autres femmes que le changement est possible. De fait un certain nombre de candidatures nous arrive par le bouche-à-oreille, et la « promotion » faite par les résidentes de ce dispositif, préfigurant une fonction de « médiateurs de santé pairs ». L’actions communautaire trouve donc toute sa pertinence dans ce double sens : lieu de vie communautaire, bien sûr, mais aussi lieu et public en interaction avec la communauté qui l’environne.

Il faut donc souligner les multiples partenariats engagés et nécessaires, avec les services de PMI, de l’ASE de la PJJ, mais aussi l’ensemble des acteurs intervenant en particulier dans l’éducation, l’enseignement, la santé, les loisirs des enfants et adolescents.

En effet la présence possible de mineurs, de la naissance à 18 ans accompagnant leur mère nécessite une attention particulière, afin de limiter l’impact de facteurs socioéconomiques, psychologiques, familiaux, sur le décrochage scolaire et la construction de leur avenir. Ils bénéficient au sein de l’établissement d’espaces et d’activités spécifiques, et si ils sont en âge d’être scolarisés, ils le sont dans les établissements à proximité.

Cet établissement se veut donc innovant à plusieurs titres, et nous ne manquerons pas de partager régulièrement avec nos partenaires nos élaborations et nos questions.

François HERVE Président
Estelle JEANNEAU Directrice Générale

 

6 HERVE F., PEDOWSKA D., « Une communauté thérapeutique hors les murs », in psychotrope
7 Le résidentiel en appartements montre ses limites : D’une part compte tenu de la configuration familiale des femmes accueillies les logements sont vite exigus, d’autre part parce qu’un hébergement éclaté, impliquant une certaine autonomie, une confrontation quotidienne aux produits, apparait moins sécurisant qu’un hébergement collectif,
com therapeutique 1
com therapeutique 2
com therapeutique 3
com therapeutique 3
com therapeutique 1
com therapeutique 2
com therapeutique 3
com therapeutique 3